Apple vient de concéder sa défaite. Et c'est la meilleure nouvelle pour votre ordinateur de poche, que vous appelez affectueusement votre téléphone. Siri cessera enfin d'être cette cousine « spéciale » à qui vous ne confieriez même pas la cuisson d'œufs, et encore moins l'organisation de votre vie.
Soyons honnêtes. Siri était stupide. Pas juste « un peu lente » ou « maladroite ». Elle était bête comme ses pieds, du genre de cette collègue à qui on explique trois fois comment utiliser une imprimante, mais qui finit quand même par coincer le papier et brûler le toner. « Dis Siri, mets du jazz », lui ai-je dit la dernière fois. Elle a répondu : « J'appelle un club de jazz à New York. » Non, ma chère, je n'appelle pas New York, je voulais juste écouter un peu de Miles Davis pendant que j'étais coincée dans les embouteillages sur la rocade de Ljubljana.
Mais cette époque est révolue. Apple, la société qui nous a vendu l'illusion de la perfection pendant des années, a enfin baissé la garde. Ils ont admis qu'ils ne pouvaient pas y arriver seuls. Et ils ont fait appel à leur voisin, celui qu'ils détestent ouvertement mais dont ils savent qu'il possède un réacteur nucléaire dans son garage. Google.
Un mariage de convenance
L'annonce selon laquelle Apple l'intégrera à ses appareils Google GémeauxC'est comme si Mercedes admettait son incapacité à fabriquer un moteur et installait un six cylindres BMW dans sa Classe S. C'est un abandon de l'orgueil au profit de la fonctionnalité. Et heureusement !
Apple a enfin compris ce que nous savions tous depuis deux ans : Siri est restée au niveau du télétexte à l’ère de l’intelligence artificielle générative. Lorsque nous discutions avec ChatGPT de crises existentielles et de rédaction de dissertations, Siri ne pouvait que nous indiquer la météo à Bakou. Place maintenant à une « personnalisation » poussée à l’extrême.
Le téléphone qui sait que vous avez besoin d'une bière avant même que vous ne vous en rendiez compte.
L'essence de ce nouveau «Apple Intelligence« La révolution ne réside pas dans la capacité de votre téléphone à composer une chanson. L'enjeu est que Gemini fonctionnera de manière multimodale sur votre appareil. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie qu'il saura tout. »
Il lira votre courriel annonçant votre réunion à 14 h. Il verra dans votre agenda que vous êtes à Krtina. Il consultera l'état du trafic, constatera qu'il y a un embouteillage sur Štajerka (car, comme toujours, il y en a), et réinitialisera automatiquement votre alarme et enverra un message au client pour l'informer de votre retard de 15 minutes. Sans que vous ayez à lever le petit doigt.
Voilà la véritable révolution. Non pas que l'IA dessine des chats en combinaison spatiale, mais qu'elle devienne votre secrétaire personnel, gratuit, sans besoin de goûter et qui ne tombe jamais malade quand vous faites des heures supplémentaires. C'est ce que j'ai toujours dit : l'IA va décupler notre efficacité.
Sommes-nous prêts pour « Le Maître » ?
Bien sûr, les défenseurs de la vie privée ne manqueront pas de s'indigner : « Oh, Google va avoir mes données ! » Mes chers, Google possède déjà vos données. Si vous avez un compte Gmail, utilisez Maps ou avez déjà effectué une recherche sur Internet, Google en sait plus sur vous que votre propre mère. Apple ne fait aujourd'hui que formaliser cette relation et déclarer : « S'ils vont nous espionner, autant qu'ils nous soient utiles. »
Ce qui m'inquiète davantage, c'est autre chose. Quand le téléphone prendra en charge toutes ces tâches intellectuelles fastidieuses – planifier, répondre aux appels, rechercher des informations –, que deviendrons-nous ? Finirons-nous comme les personnages du film WALL-E, obèses et immobiles dans des fauteuils flottants ? Ou aurons-nous enfin le temps de nous adonner à cette méditation tant vantée et à ce revenu universel dont rêve la gauche ?
Paradoxe slovène : Siri contre unité administrative
Le plus amusant dans tout ça, c'est la comparaison avec la Slovénie. D'un côté, nous aurons dans notre poche un appareil capable de traiter des milliards d'informations en une nanoseconde, d'optimiser notre emploi du temps et de prendre rendez-vous chez le coiffeur. De l'autre, nous devrons encore attendre six mois pour un rendez-vous chez le dentiste et 435 jours pour une décision administrative.
En 2026, Siri (avec Gemini en arrière-plan) sera capable de diagnostiquer une éruption cutanée mieux qu'un médecin généraliste moyen équipé d'une caméra, mais notre système exigera toujours l'envoi d'un dossier médical pour un examen. Car toutes les données ne sont pas encore intégrées au système.
Nous avons entre les mains une technologie du XXIIe siècle et dans notre pays une bureaucratie du XIXe siècle. Cette dissonance deviendra insupportable. Quand on constatera l'efficacité d'un monde régi par la logique et les algorithmes, on aura encore plus de mal à tolérer l'incompétence du « facteur humain » aux guichets.
Conclusion : Adieu, absurdités
N'ayez pas peur de l'IA. Ayez peur de la bêtise naturelle qui nous entoure. Si mon téléphone devient enfin intelligent grâce à cette « trahison » d'Apple et de son partenariat avec Google, je serai le premier à le changer.
Le monde évolue. Ceux qui n'adoptent pas cette technologie finiront comme Blackberry. Ou comme la politique du logement slovène : obsolètes et oubliées.
Alors, Siri... dis-moi enfin quelque chose d'intelligent.





